Dans la rubrique « témoignages » de « mes droits en pratiques », l’UNSA Juridique rapporte le partage d’expérience de Martine, agente du secteur hospitalier ayant engagé une demande de reconnaissance du lien entre son travail de nuit et le développement de son cancer du sein… Tranche d’une vie de travail.

Témoignage…

Nous sommes en 2009 et Martine, infirmière à l’hôpital de Sarreguemines de 49 ans, apprend qu’elle souffre d’un cancer du sein. S’ensuit une intervention chirurgicale, des séances de chimiothérapie, radiothérapie et une hormonothérapie.
Son dossier de reconnaissance d’arrêt maladie précisait notamment que sur les 30 années précédentes, Martine avait travaillé 873 nuits, au moins une par semaine.

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) a lancé une étude en 2012, publiée dans l’International Journal of Cancer, qui montre que le risque de cancer du sein est augmenté chez les femmes ayant travaillé de nuit.

Action…

Si les facteurs de risque de cancer du sein sont variés, l’étude relaye des travaux expérimentaux et épidémiologiques de 2010 du Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC). Il en résulte que le travail à horaire irrégulier (au-delà des heures normales de travail de jour, souvent la nuit) est probablement une cause de cancer lorsqu’il affecte les rythmes circadiens (l’horloge interne). Mais cette conclusion s’appuie sur des données provenant d’expériences sur les animaux et d’un petit nombre d’études effectuées auprès des humains.

Selon l’INSERM plusieurs hypothèses peuvent être avancées : « l’exposition à la lumière durant la nuit qui supprime le pic nocturne de mélatonine et ses effets anticancérigènes ; la perturbation du fonctionnement des gènes de l’horloge biologique qui contrôlent la prolifération cellulaire ; ou encore les troubles du sommeil pouvant affaiblir le système immunitaire ».

L’étude menée par l’INSERM a montré que le risque de cancer du sein était augmenté d’environ 30 % chez les femmes ayant travaillé de nuit par rapport aux autres femmes. Cette augmentation du risque était particulièrement marquée chez les femmes ayant travaillé de nuit pendant plus de 4 ans, ou chez celles dont le rythme de travail était de moins de 3 nuits par semaine, impliquant des décalages de phase plus fréquents entre le rythme de jour et le rythme de nuit. Tout cela étant amplifié avant une première grossesse.

Le dossier administratif de Martine est déposé auprès de la direction de l’hôpital de Sarreguemines en 2021, et après une procédure de deux ans devant une commission de médecins et de représentants du personnel, un médecin expert puis le conseil médical de son employeur, le lien entre ses multiples postes de nuit et le développement de sa pathologie a été établi par la Caisse début 2023. Elle a donc obtenu une indemnisation selon le barème de la fonction publique, soit 35 % de 1198 € et a depuis entamé des démarches pour obtenir des droits supplémentaires « et surtout marquer le coup afin que cela soit utile à d’autres ».

Grand bien lui en a pris, puisqu’un an plus tard, c’était au tour d’une ancienne salariée d’un hôpital privé de se voir cette fois-ci reconnaître sa maladie professionnelle

Auteur, Louis BERVICK, Juriste, Pôle service Juridique, Secteur Juridique National UNSA.

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