Salaires : le moment de vérité

Comme tous les ans, la NAO (Négociation Annuelle Obligatoire) sur les salaires va se tenir. Et il y a fort à parier que, comme tous les ans depuis 10 ans, elle se soldera par un procès-verbal de désaccord ! Si l’on passe sur le fait que la Direction martèle qu’elle n’a pas de mandat des tutelles pour négocier, un argument fallacieux qui nous est également opposé est que les salariés sont tout de même « gagnants » grâce aux augmentations individuelles….

L’UNSA SPAEN a sorti sa calculette…

Notre dernière augmentation de la valeur du point remonte à septembre 2010. Depuis, il est bloqué à 5,5531 (valeur du point pour les A2 et les A1 de E1 à E5) ou 5,2364 (valeur du point pour les A1 E6 et E7). Si la valeur du point avait suivi l’inflation calculée sur la base des indices de l’INSEE (série n°001763852 indice des prix à la consommation ensemble des ménages hors tabac), la valeur du point aurait pu atteindre 6,1049* (valeur du point pour les A2 et A1 E1 à E5) ou 5,7567* (valeur du point pour les A1 E6 et E7) en septembre 2020. Ces indices sont-ils discutables ? Ils sont pourtant officiels !

*sur la base des indices disponibles au 1er septembre 2010 (indice de juillet paru le 20/08/2010) et au 1 septembre 2020 (indice de juillet paru le 15/08/2020)

Mais concrètement cela signifie quoi sur notre feuille de paye ? Nous avons fait plusieurs calculs pour différents profils de salariés (voir ci-dessous) :

A2 : N3 à 330 points et N5 à 370 points,

A1 : E3 à 510 points, E4 à 740 points sans perspective de passer E5 et E6 à 900 point sans perspective de passer E7,

Retrouvez tous les calculs détaillés ci-dessous après la conclusion générale.

Les principales conclusions sont :

Ce que l’on appelle « augmentation individuelle » couvre en général à peine l’inflation.

Pour certaines catégories de salariés (A1 E4 et E6) le salaire a baissé en 10 ans.

Il n’y a donc en réalité aucune reconnaissance du travail, de l’expérience ou de l’expertise. On parle beaucoup de l’attractivité du CEA pour les jeunes comme l’a encore souligné l’évaluation du HCERES (Haut Conseil de l’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) qui recommande de revoir la grille de salaires et les mécanismes qui la régissent mais l’organisme a également un problème de reconnaissance de la valeur de ses salariés après 45 à 50 ans, alors que la durée du travail augmente.

N'hésitez pas à nous laisser un commentaire (voir en bas de page)

Calculs :

Pour tous les calculs :

  • Le départ est le salaire en septembre 2010 (date de la dernière augmentation du point).
  • L’arrivée est septembre 2020.
  • Dans les calculs où le point augmente, cette augmentation a lieu en septembre
  • Pour éviter les calculs trop compliqués, on suppose que les avancements ont lieu aussi en septembre (alors qu’en réalité ils ont lieu en juillet). Le décalage est minime et a très peu d’influence sur le résultat final.

Hypothèses complémentaires :

  • Calcul 1 : aucune augmentation (ni du point, ni avancement individuel)
  • Calcul 2 : on suppose que le point a augmenté régulièrement de 0,05518 tous les ans (sur 10 ans l’écart de la valeur de point est de 0,5518 soit 6,1049-5,5531), sans avancement. Pour le calcul E6 le point a augmenté de 0,052033 tous les ans (l’écart de la valeur du point est de 0,52033 soit 5,7567-5,2364)
  • Calcul 3 : aucune augmentation du point mais le salarié a les augmentations individuelles CEA (voir hypothèses complémentaires au calcul 3 pour chaque cas). Il y a eu un avancement en 2010.
  • Calcul 4 : on suppose que le point a augmenté comme dans le calcul 2 et que le salarié a eu les augmentations individuelles CEA comme dans le calcul 3.

Tous les salaires sont des salaires bruts (sans prime ni complément de salaire) calculés uniquement sur la base du nombre de points. L’ancienneté n’est également pas prise en compte : si elle augmente en début de carrière, elle est plafonnée à 21 % et n’augmente plus pour les salariés présents depuis plusieurs années. Nous n’avons pas inclus de changement de ligne pour ne pas complexifier le calcul mais avons considéré que certaines catégories pouvaient être plafonnées (E4 et E6).

Synthèse des calculs sur 5 cas :

Salarié Annexe 2 niveau N3 avec 330 points : salaire de base initial 1 832 €

Hypothèse complémentaire pour calcul 3 : avancement médian à 10 points tous les 2 ans

Conclusion pour un salarié A2 N3 : Les augmentations individuelles (calcul 3) ont tout juste compensé l’inflation (calcul 2) avec 96 € supplémentaires par mois de plus que ce que l’inflation aurait permis. L’absence d’augmentation du point ne permet pas au salarié de se sentir reconnu pour son travail et de valoriser son expérience.

Salarié Annexe 2 niveau N5 avec 370 points : salaire de base initial 2 054 €

Hypothèse complémentaire pour calcul 3 : avancement médian à 12 points tous les 2 ans

Conclusion pour un salarié A2 N5 : Les augmentations individuelles (calcul 3) ont compensé l’inflation (calcul 2). Avec une augmentation mensuelle de 129 € en 10 ans, le salarié est peu reconnu pour son travail et son expérience pas valorisée.

Salarié Annexe 1 niveau E3 avec 510 points : salaire de base initial 2 832 €

Hypothèse complémentaire pour calcul 3 : avancement médian à 30 points tous les 2 ans

Conclusion pour un salarié A1 E3 : Les augmentations individuelles (calcul 3) amènent le salaire au-dessus de ce que l’inflation aurait permis. Toutefois notre calcul amène le salarié en bout de ligne E3. Le changement de ligne (donc du nombre de points à chaque avancement) modère ce calcul légèrement à la baisse. C’est le seul profil de salarié (si on considère la prime d’ancienneté qui augmente également pour les E1-E3) qui n’est pas trop perdant aujourd’hui en termes d’évolution salariale. Mais finalement, 500 € de salaire mensuel de plus que ce que l’inflation aurait permis en 10 ans ce n’est que 50 € par an, ce qui est peu pour la reconnaissance de la valeur du salarié !

Salarié Annexe 1 niveau E4 avec 740 points : salaire de base initial 4 109 €

Hypothèse complémentaire pour calcul 3 : avancement médian à 24 points, dans cette catégorie la fréquence d’avancement a été réduite à 3 ans (à 740 points, avec encore 10 ans de carrière devant soi, un E4 ne peut plus obtenir d’augmentation médiane tous les 2 ans sans être plafonné. Il faut donc qu’il passe soit à 3 ans, soit par des avancements Mini).

Conclusion pour un salarié A1 E4 sans perspective de passer E5 : Les augmentations individuelles (calcul 3) amènent le salaire au-dessous de ce que l’inflation aurait permis. Pour ces salariés contingentés par le passage E5, il y a une double sanction : pas de reconnaissance du travail et sanction financière.

Salarié Annexe 1 niveau E6 avec 900 points : salaire de base initial 4 712 €

Hypothèse complémentaire pour calcul 3 : avancement mini à 2.5 %, dans cette catégorie la fréquence d’avancement a été réduite à 3 ans. Le plafonnement est beaucoup plus rapide, les augmentations ne peuvent plus être accordées que tous les 3 ans et quasiment toutes en valeur Mini.

Conclusion pour un salarié A1 E6 sans perspective de passer E7 : Les augmentations individuelles (calcul 3) amènent le salaire au-dessous de ce que l’inflation aurait permis, avec une perte évaluée à 100 € par mois. Pour ces salariés contingentés fortement par le passage E7 il y a une double sanction : pas de reconnaissance du travail et sanction financière.

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